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« À Beyrouth, il y a une vraie culture cinéphile ! »

INTERVIEW EXPRESS:
Coordinateur de la Semaine de la critique du Festival de Cannes depuis 2009, Rémi Bonhomme est un habitué des salles de cinéma beyrouthines. Depuis 12 ans, il présente une partie de la sélection au public libanais, toujours plus nombreux. Rencontre.
Annabelle MARTELLA et Annabelle PERRIN | OLJ 26/07/2018.

Vous exportez la Semaine de la critique au Liban depuis 2006, pourquoi avoir choisi notre pays ?
Notre travail est de faire voyager les films partout dans le monde, faire découvrir des premiers et seconds films de réalisateurs inconnus. Ici au Liban, il y a un cinéma indépendant qui se crée, mais aussi des initiatives comme le Metropolis qui permet de diffuser des films d’auteur... À Beyrouth, il y a une vraie culture cinéphile, mais les gens n’ont pas encore pris l’habitude de tisser un vrai lien avec leur salle d’art et d’essai, comme c’est le cas en Europe.

Comment avez-vous vu évoluer ces diffusions au fil des années ?
Les spectateurs libanais sont très jeunes ! C’est très encourageant quand on sait que le public qui fréquente les cinémas d’art et d’essai en France est vieillissant. Depuis qu’on a commencé, le paysage de l’offre culturelle a également beaucoup progressé. Par exemple, le Metropolis dispose maintenant de deux salles, ce qui n’était pas le cas à notre arrivée. Malheureusement, il est pour l’instant l’unique cinéma de ce type au Liban.

Avez-vous été obligé d’adapter la sélection aux mœurs libanaises ?
Sauvage de Camille Vidal-Naquet, un film sur un jeune homme qui se prostitue, n’est pas diffusé durant cette semaine de la critique beyrouthine... Notre sélection passe par la censure au même titre que tous les autres films diffusés au Liban. Nous n’avons jamais eu de problème concernant nos choix. Si Sauvage ne sera pas projeté, c’est parce que, en tant que section Semaine, on ne le leur a pas proposé. Il devait être projeté à l’Institut français, mais la salle est en ce moment en travaux.

Donc vous vous autocensurez en quelque sorte ?
Disons que nous faisons passer tous les films à la censure. La Sûreté les regarde et donne son avis. On nous demande parfois de couper certaines scènes. Mais à Metropolis, le mot d’ordre est de projeter les films tels qu’ils sont. Sinon pas de projection.

Il est commun de dire que la Semaine de la critique est souvent de meilleure qualité que la sélection officielle, particulièrement cette édition. Dans les films programmés cette année à Beyrouth, quels sont vos coups de cœur ?
Le public n’est pas le même que pour la sélection officielle. Les festivaliers qui viennent à la Semaine de la critique veulent être surpris. Ce qui nous pousse à faire des choix plus ambitieux comme Diamantino de Gabriel Abrentes et Daniel Schmidt, Shéhérazade de Jean-Bernard Martin, Sir de Rohena Gera et Wildlife de Paul Dano. Ce sont des films éclectiques qui représentent les nouvelles tendances du cinéma. Le premier est un ovni. Diamantino mélange les genres tout en parlant du football. C’est un film très étonnant ! Quant à Shéhérazade, il a eu également de très bons échos à Cannes. Il est aussi brut que romantique ! L’action se déroule dans le milieu de la prostitution marseillaise. Dans un autre registre, j’aime aussi beaucoup Wildlife, le film de Paul Dano. Une adaptation du livre de John Ford où on voit une famille qui se délite à travers les yeux d’un adolescent. Mais aussi, Sir de Rohena Gera. Ce long métrage indien est en rupture totale avec la tradition du cinéma d’auteur de ce pays. Une sorte de Pretty Woman qui utilise la comédie romantique pour parler des problématiques sociales en Inde.

La Semaine de la critique se poursuit jusqu’au jeudi 2 août au Metropolis Empire Sofil. Les séances sont toutes prévues à 20 heures et précédées par un court métrage.
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