graphic artists in the arab countries

Samandal primé à Angoulême !

Par Ralph Doumit
2019 - 02
Chaque festival ou cérémonie d’ampleur a son trophée : le chevalier à l’épée pour les Oscars, la Palme à Cannes. Dans le monde de la bande dessinée, au sommet duquel le festival international d’Angoulême fait figure de rendez-vous incontournable, la récompense est un Fauve, et en guise de fauve, un petit chat, crée par le dessinateur Lewis Trondheim.

Mené avec une qualité constante depuis plusieurs années par l’équipe de son directeur artistique Stéphane Beaujean, le festival proposait fin janvier une édition 2019 de haute volée, et des expositions d’ampleur, toujours soucieux de toucher à la fois l’amateur et le passionné, et d’avoir une vue sur l’international.

La cérémonie de clôture, durant laquelle l’annonce des fauves avait lieu, était déjà lancée depuis un moment, lorsque, arrivée au « Fauve de la bande dessinée alternative » récompensant une œuvre dont l’audace formelle et de contenu le mettent en marge des courants dominants, le nom du collectif Samandal fut annoncé.

Cette distinction n’est pas anodine. Émise par un jury exigeant, elle récompense un parcours remarquable et de longue haleine. Samandal, c’est ce collectif d’auteurs basé à Beyrouth qui relève depuis dix ans le défi, loin d’être gagné d’avance, de proposer au Liban des publications collectives régulières, de se développer, grandir, prendre racine et se pérenniser, alors même qu’aucune concession n’est faite par ses membres dans leur quête d’expériences narratives et visuelles nouvelles. Créé en 2009 par Omar Khouri, Hatem Imam, Lena Merhej, the Fdz, et Tarek Nabaa, le collectif est aujourd’hui animé par une nouvelle génération constituée de Joseph Kai, Raphaëlle Macaron, Lena Merhej, Barrack Rima, Tracy Chahwan, Nour Hifaoui et Karen Keyrouz.

C’est plus précisément le dernier numéro de la parution collective, désormais annuelle, qui est récompensé. Sous le titre Expérimentation, ce volume propose, sous la houlette de l’éditeur en chef invité Alex Baladi, des histoires courtes qui jouent sur le principe suivant : quatre scénarios ont été livrés, chacun à quatre dessinateurs chargés de les retranscrire en image, dialogués en français, anglais, arabe… et sous une version muette. Une expérience nouvelle à chaque appropriation des textes, tant les propositions sont libres et reflètent le naturel de chaque dessinateur. Des couvertures à la troublante ambiguïté signées Sandra Ghosn et Helge Reumann jusqu’à la direction artistique de Tala Safié, élégante, inventive et qui frappe juste avec un choix franc de codes couleurs qui s’invite jusqu’aux traits des dessinateurs, l’objet marque par le soin apporté à sa fabrication.

Ce prix, le collectif le reçoit au moment où il se développe, au-delà de sa parution collective, vers une activité éditoriale nouvelle et des publications individuelles ou thématiques dont le récit Antoine, dans lequel Mazen Kerbaj revient sur un épisode de la vie de son père, et dont le premier chapitre sort cette semaine sous le label Samandal.

Plutôt que de récompenser un parcours qui s’achève, ce Fauve de la BD alternative a le mérite de couronner une structure en pleine action. Récompense donc, mais surtout tremplin pour viser encore plus haut. Voir ainsi mis sur le devant de la scène le travail d’une génération encore jeune est aussi, et ce n’est pas la moindre des beautés de ce prix, un déclencheur de vocations.


BIBLIOGRAPHIE
Expérimentation du collectif Samandal, 2019.

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