graphic artists in the arab countries

”Hshouma”, la série de bandes dessinées qui dit STOP aux tabous dans la société marocaine

PAR KENZA AMRI LE 4 JUILLET 2018 À 17:22.
« Hshouma »… un mot qu’on entend tous quotidiennement, un mot lourd de sens et qui pourtant passe inaperçu au milieu d’une conversation routinière.

« Hshouma »… un mot qu’on a entendu tellement de fois qu’on a fini par l’accepter et par le considérer « normal » alors même qu’il cache tous les tabous obscures d’une société, tous ses vices les plus sombres et toute sa misère intellectuelle.

« Hshouma »… un mot qu’on pourrait traduire par « la honte », mais qui va bien au-delà d’un simple sentiment de gêne, il est un véritable déshonneur, une disgrâce, une indécence et il est l’expression même de la crainte face au regard d’autrui : Que vont-ils penser de moi si je fais ça ? Si je dis ça ? Si je me comporte de telle ou telle manière ?

Une peur, une appréhension, une anxiété avec laquelle le Marocain vit constamment, une inquiétude qui le freine, qui le limite dans sa pensée, qui l’arrête dans son élan, qui semble même aller jusqu’à le déshumaniser, lui faire perdre tout son naturel, toute sa spontanéité, tout ce qui fait de lui l’être qu’il est.

Pire encore, ce culte du « Hshouma » ne fait que nourrir l’hypocrisie sociale et l’intolérance.

Ainsi, la pensée semble séquestrée dans une sorte de bulle créée par la société elle-même. Et cette société, c’est nous.

Vous et moi.

Nous.

Nous nous emprisonnons dans une bulle en raison d’un culte absurde du « Hshouma » qui n’a pas raison d’être. Qui n’a jamais eu raison d’être.

Et cette bulle est fragile. Elle peut éclater en un seul coup de crayon.

La preuve, Zainab Fasiki est une jeune artiste marocaine, bien décidée à briser les tabous de la société marocaine à travers le dessin. Les tabous, ces sujets dont on ne parle pas, parce que c’est « Hshouma », ces choses sur lesquelles règne un silence de plomb, par crainte, par pudeur. Un manque de communication terrible qui participe à « abrutir » les générations futures, à faire de la sexualité un mythe et du corps féminin une légende.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la « hshouma » n’est pas un pilier de l’éducation au Maroc, bien au contraire, la « hshouma » est source de vice et de perversion. Elle n’est pas garante de civilité, de courtoisie ni de savoir-vivre, elle est simplement à l’origine de frustration et de refoulement.

Parce que la nature humaine fait que l’être est attiré par l’interdit

Puisque personne n’en parle, les esprits sombrent dans un illettrisme profond. C’est pour mettre la lumière sur ces sujets voilés que Zainab Fasiki dessine. Le dessin, une arme contre l’illettrisme, une arme contre les tabous.

En se confiant à nous, Zainab a déclaré : « J’ai eu l’idée de créer Hshouma pour briser les tabous au Maroc, car ils mènent à plusieurs problèmes sociaux. La majorité des tabous au Maroc représentent des sujets sensibles comme l’éducation sexuelle, nos corps et exprimer nos droits et liberté individuelle. Ces sujets sont rarement discutés à l’école et avec la famille ce qui mène les jeunes à avoir des idées fausses, trouvées sur Internet ou dans les rues. »

Pire encore, elle nous explique que « ce manque de communication et d’éducation mène à commettre des actes de violence basés sur les genres ».

Pour combattre ces tabous, Zainab utilise le dessin : « Pour moi le dessin est le meilleur moyen de transmettre un message à tout type de public même aux illettrés. Je l’utilise souvent dans mes sujets sensibles, car il atteint tout le monde via les réseaux sociaux ».

En quoi consiste donc son projet « Hshouma » ?

Hshouma, est une plateforme éducationnelle gratuite. C’est une série de bandes dessinées, vidéos et événements ayant lieu dans les villes marocaines. Ce projet a un seul objectif : BRISER LES TABOUS.

Le message est clair et le projet ambitieux. Mieux encore, les internautes peuvent prendre part au projet et y laisser leur empreinte.

De même, le projet utilise largement les réseaux sociaux pour atteindre plus de jeunes gens, au Maroc et dans le monde : Instagram, Facebook…

« Life is too short to waste it being shy about somethings »

En allant à la rencontre de Zainab Fasiki, nous avons découvert une femme passionnée, inspirante, déterminée, une artiste dont la sensibilité n’a d’égale que la force. Et elle a encore bien des choses à nous dévoiler concernant le projet « Hshouma » : « Ce n’est que le début du projet Hshouma, à partir de septembre je lancerai d’autres bandes dessinées et plein d’événements, un contenu plus développé du site web en Darija et pas en anglais avec d’autres illustrations qui expliquent chaque tabou. »

« J’ai eu l’occasion d’avoir le support de 3 organisations en Espagne pour rendre ce projet possible. J’y travaillerai cet été pour rendre le contenu plus détaillé et normalement c’est un projet à long terme et qui ne s’arrêtera pas avec le lancement de la première BD. Les événements viseront a briser les tabous avec les participants et leurs familles ainsi qu’à développer le contenu des prochains produits hshouma et ainsi développer le vocabulaire des tabous au Maroc. »


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