graphic artists in the arab countries

Festival International de la bande dessinée d’Alger : La place de la BD dans le monde arabe

Dans leurs interventions, les deux participantes sont revenues sur leurs expériences respectives dans l’univers de la bande dessinée, en ne manquant pas de donner leur avis sur la BD dans le monde arabe.

Agée tout juste de 25 ans, la Libanaise Tarcy Chahwan a publié, dernièrement, son premier album de bande dessinée, intitulé Beirut, Bloody Beirut, aux éditions Marabulles. L’oratrice rappelle que sa bande dessinée revient sur l’histoire de deux jeunes filles qui ne se connaissent pas, mais décident à la sortie de l’aéroport de prendre le même taxi pour rentrer chez elles. Elles se perdent dans la ville pour mieux découvrir Beyrouth.

Tracy Chahwan explique que la plupart de ses BD parlent de ces gens qui sont dans la rue, vivant des expériences un peu chaotiques. L’oratrice avoue s’inspirer beaucoup des expériences urbaines. Elle aime bien, aussi, raconter des histoires du point de vue féminin. «Tout ce qui est question de genre m’intéresse, ajoute- t-elle, et m’interpelle. J’ai, d’ailleurs, fait une BD où les femmes prennent le pouvoir dans une dictature bien drôle. Je me moque et j’inverse les rôles où les femmes harcèlent les hommes.

Je m’amuse avec cela en fait. A part la BD, je fais beaucoup d’affiches pour des concerts. Justement, avant de venir ici, je faisais l’affiche du regretté artiste algérien Rachid Taha. C’était l’un de mes fans».

De son côté, l’éditrice libanaise Nour Fakhoury indique que sa maison d’édition Tachfech existe depuis sept ans mais qu’elle ne s’est spécialisée dans la bande dessinée arabe que depuis un an et demi. Comme elle le dit si bien, «cette spécialisation permet d’encourager les artistes à faire de la bande dessinée arabe».

Les deux conférencières libanaises ont reconnu que depuis quelques années la bande dessinée a explosé dans le monde arabe avec notamment cette émergence d’auteures femmes. Nour Boukhary estime que les femmes s’intéressent de plus en plus au 9e art car cela leur permet de s’exprimer tout en restant artistiques. «Il y a beaucoup de femmes qui font de la bande dessinée.

A titre d’exemple, il y a quatre ou cinq femmes de ma génération qui le font. Nous avons publié, dernièrement, l’album d’une auteure et activiste marocaine», dit-elle. Abondant dans le même sens, Tracy Chahwan note que contrairement à d’autres arts, la bande dessinée permet de s’exprimer d’une manière très personnelle.

Elle permet aux femmes de raconter leurs histoires sans filtre. A la question de savoir comment les deux artistes sont perçues dans leur pays d’origine, elles indiquent que leurs travaux sont bien accueillis. Tracy reconnaît que son album a eu un écho favorable aussi bien au Liban qu’en France. «On essaye toujours de cataloguer une femme arabe qui fait de la BD.

Je pense qu’il faut savoir profiter de ce statut. Au final, dans son travail, il faut être honnête. Dans mon travail, c’est ainsi que je me définis. Le fait de dessiner est valorisant», précise-t-elle.Qu’en est-il du marché de la bande dessinée au Liban ? Pour nos deux spécialistes libanaises, la bande dessinée se vend bien au Liban malgré certaines difficultés liées à la diffusion.

«La bande dessinée au Liban, précise Nour Fakhoury, a su se faire une place mais en même temps ce créneau n’est pas facile. Les jeunes s’intéressent jusqu’à présent à la bande dessinée classique et aux mangas. Nous essayons de créer un marché mais la diffusion n’est pas du tout facile à gérer.

Il n’y a qu’un seul distributeur qui travaille juste avec une ou deux librairies. Je dois faire moi-même le tour des librairies pour proposer mon catalogue». Internet reste l’élément fédérateur pour qu’un auteur soit visible, développe son activité et trouve des opportunités de travail. Tracy Chahwan est catégorique: «Internet, c’est super important pour moi. Toutes mes occasions de travail, je les ai eues via le net. Je suis toujours très active.

Cela m’amuse d’ailleurs de poster des choses animées. Les gens partagent par la suite». Abondant dans le même sens, Nour Fakhoury indique qu’elle essaye de poster sur son site internet quelques pages de BD de ses auteurs pour accrocher le lecteur.

En tant qu’éditrice, elle compte prochainement se lancer dans la vente numérique. Si les deux intervenantes libanaises se sont dites heureuses de participer pour la première au Festival international de la bande dessinée d’Alger, elles reconnaissent cependant que les jeunes Algériens s’intéressent beaucoup plus aux mangas au détriment de la bande dessinée.
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