graphic artists in the arab countries

Salim Zerrouki, le caricaturiste décontenancé par le « printemps » d’Alger

Adepte de l’autodérision radicale, le dessinateur algérien résidant à Tunis jubile d’être désarçonné par la révolte tranquille d’Alger.

Par Frédéric Bobin

LETTRE DE TUNIS

On s’est arrogé un droit de suite. On a eu envie, comme ça, de revoir Salim Zerrouki, Algérien vivant à Tunis. Il fallait le retrouver, un an après une première rencontre car son monde a été un peu bouleversé par la fraîche révolte d’Alger. Le gaillard à la taille de basketteur et au crayon tranchant comme une serpe est pour le moins déboussolé par cette Algérie qui sort du cadre, tel un modèle goguenard qui s’arracherait d’un tableau trop étriqué. « Je suis complètement largué », confesse-t-il, assis dans son bureau de La Marsa, une commune au nord de Tunis.

Le dessinateur adepte de l’autodérision à l’acide sulfurique, grand moqueur des travers des siens – « les Arabes » – ne reconnaît plus ses compatriotes, si parfaits et irréprochables dans leur rébellion tranquille au cœur des villes d’Algérie. Le contre-pied le désarçonne mais il jubile, trop heureux. Comme tant d’autres de la diaspora, il s’est rendu dans la capitale algérienne un vendredi – le rendez-vous hebdomadaire de la protestation contre le président Abdelaziz Bouteflika – le temps de goûter aux doux parfums de la dissidence enjouée. Tunis-Alger, Alger-Tunis, l’aller-retour va-t-il désormais rythmer son agenda, lui qui avait pris une ombrageuse distance avec la mère patrie ? « Je redécouvre mon pays, dit-il. C’est comme si je me réconciliais avec lui. » Un détail l’a éberlué. Il s’est surpris, noyé dans les marches, à exhiber le drapeau algérien : « Cela faisait bien longtemps que je n’avais brandi le drapeau. »
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